NOM : Poulin , Carol
TITRE : Exil :La Chute, La Barque, La Débâcle
MÉDIUM : Huile sur toile
ANNÉE : 1993
DIMENSIONS (Larg. x Haut.) : 89 x 76 cm, 76 x 76 cm, 173 x 39 cm
DONATEUR : Monsieur Robert Veilleux
Romaro 2000 Ltée
   
   


Carol Poulin

Lieu de naissance : Beauceville
Lieu de résidence actuel : Pont-Rouge
Lieu de travail actuel : Saint-Augustin-de-Desmaures

Études universitaires : École des Beaux-Arts de Québec et  Arts visuels, Université Laval

Stages / perfectionnements : Lithographie A.R.G.


Carol Poulin acquiert sa formation artistique à l'École des Arts Appliquées de Montréal et à l'École des Beaux‑Arts de Québec où il graduera en 1971. Le peintre s'adonnera à sa pratique picturale, à l'enseignement de la peinture et depuis 1982, à la restauration de tableaux anciens ou modernes provenant de collections publiques et privées. De plus, parmi ses activités d'illustrateur, on lui compte les couvertures des romans jeunesse de Nando Michaud, Drames de coeur pour un deux de pique (1992) et Le deux de pique met le paquet (1994) aux Éditions Pierre Tisseyre. À cela s'ajoutent une dizaine d'expositions individuelles et une vingtaine d'expositions collectives dont cinq eurent lieu à la Galerie du Grand Théâtre de Québec.

Le tableau figurant en couverture de l'annuaire du Québec Téléphone, édition 1994, découle de sa production récente. Cette nature morte intitulée Le Pot Bleu, est  ponctuée d'un jeu de miroirs multipliant les objets représentés. Au fond, sur une fenêtre virtuelle se détache le détail d'un tableau où la main du peintre est intervenu en tant que restaurateur. Cette méticuleuse mise en scène témoigne de la fascination de l'artiste pour le jeu des illusions qui s'est manifestée tout au long de sa carrière.

Carol Poulin cumule près de 25 ans de création à son actif. Dès 1971, il opte pour la peinture surréaliste qui laisse cours à l'expression de l'inconscient où le réel côtoie l'imaginaire. Les tableaux exécutés à cette époque trahissent, en effet, l'influence de grands maîtres de cette époque tels que Salvador Dali et René Magritte. Son imagerie puise à la mythologie grecque d'où résultent des ambiances étranges animées de personnages incarnés dans des formes mi‑humaines et mi‑animales.

La production de cet artiste oscille entre une expression surréaliste et une autre plus traditionnelle, pour atteindre souvent une symbiose entre ces deux tendances. Sous son pinceau, la nature se métamorphose. Des formes opalescentes ou des architectures animent des paysage d'eau et de glaces, réminiscences des éternelles débâcles printanières. Des portes entrouvertes sur ces fonds aquatiques renforcent le jeu des illusions et du paradoxe, tout en conférant à l'oeuvre une portée symbolique. La porte n'évoque‑t‑elle pas le passage entre deux états, entre deux mondes.

En 1987, le nu féminin se pose comme thème de prédilection. Tout comme les miroitements de l'eau, ces corps peints dans des poses contorsionnées et en équilibre précaire deviennent prétexte à l'étude du mouvement. Un des tableaux de cette période fut présenté à la Délégation Générale du Québec à Paris en 1988. La même préoccupation et la même thématique soutiendront son travail de 1989, alors qu'il explore une nouvelle technique d'expression, la photographie, démarche appuyée par l'obtention d'une bourse des Affaires Culturelles.

Cet artiste fait un usage subversif du médium photographique. De l'émulsion étalée de façon irrégulière, il obtient une image floue sur laquelle il intervient de nouveau à l'aide de matière picturale. Cette mise en scène du sujet à demi‑voilé crée des ambiances fictives, toutes en jeu d'ombre et de lumière, atteignant parfois une intensité dramatique, expressionniste même. Tout en lui permettant d'explorer la notion du temps‑mouvement, sa photographie manipulée lui offre l'occasion de dévier de la réalité, de jouer avec les apparences, de susciter l'ambiguïté, concepts qui sont tout à fait familiers à ce peintre des illusions. Enfin jusqu'où saura‑t‑il nous surprendre?...

Texte : Thérèse Labbé, historienne d'art
26 janvier 1994