NOM : Boutin , Luce
TITRE : La flambée
MÉDIUM : Tapisserie de haute lisse (laine et mohair)
ANNÉE : 1982
DIMENSIONS (Larg. x Haut.) : 2,4 x 1,83 m DONATEUR : Cégep Beauce-Appalaches
Note : Trousse pédagogique disponible
   


Luce Boutin

Lieu de naissance : Saint-Martin de Beauce en 1945
Lieu de résidence actuel : Saint-Georges
Lieu de travail actuel : Saint-Georges

Études universitaires : École des Beaux-arts de Québec
Stages / perfectionnements : École nationale des arts décoratifs d'Aubusson


Une poétique des éléments

Après une formation, concentration peinture et tapisserie haute lisse à l'École des Beaux-Arts de Québec où elle étudie sous la direction de Jeanne d'Arc Corriveau, Luce Boutin obtiendra successivement deux bourses de perfectionnement. En 1968-1969, une première bourse du ministère de l'Éducation du Québec lui permettra de poursuivre sa formation en tapisserie haute lisse auprès de son premier maître Jeanne d'Arc Corriveau à l'École des Beaux-Arts de Québec. L'année suivante, grâce à une bourse du gouvernement français, elle pourra parfaire sa formation en peinture murale et se familiariser avec la technique du métier basse lisse à l'École nationale des arts décoratifs d'Aubusson sous la direction de Michel Toulières.

Au Québec, à cette époque, la tradition de la tapisserie haute lisse est pour ainsi dire inexistante. Il y eut certes quelques tentatives isolées de collaboration entre peintre et lissier, mais Jean Bastien et Jeanne d'Arc Corriveau qui recevra sa première formation avec lui avant de se perfectionner en Europe aux ateliers des Gobelins, sont les premiers à enseigner la tapisserie de haute lisse à I'École des Beaux-Arts de Québec. Avec eux, la tapisserie quitte la décoration et l'artisanat pour accéder à l'oeuvre d'art autonome. Luce Boutin fait ainsi partie des premières générations d'artistes lissiers issues de l'École des Beaux-Arts.

Peu après son retour d'Aubusson, elle enseignera pour quelques années les arts plastiques au niveau secondaire pour se consacrer par la suite à l'enseignement de la tapisserie haute lisse et des arts visuels dans différentes universités de la province. Depuis 1980, elle est membre de l'exécutif de la Biennale de la nouvelle tapisserie québécoise.

Depuis ses toutes premières oeuvres, c'est sous le thème du mouvement et de la lumière que se poursuivent les recherches plastiques de Luce Boutin. Lumière et mouvement qu'elle traduira au moyen de la couleur, dont Alfred Pellan lui révéla les possibilités expressives dans sa célèbre série de Jardins et qu'elle exprimera en accord avec les exigences des techniques et procédés traditionnels de la haute lisse. Et, si elle explore, au début des années 70, les possibilités chromatiques des matériaux synthétiques dans des effets de reliefs, c'est essentiellement en exploitant la sensualité et les possibilités expressives de la laine qu'elle conçoit et réalise elle-même ses images dans un vocabulaire d'où sont évacués tous effets de relief qui interfèrent avec le plan. « Je veux, dit-elle, travailler le plus près possible du mur. »

Ainsi, au plan technique, la pensée plastique de Luce Boutin évolue selon une exigence de dépouillement et d'épuration qui lui fera privilégier presque exclusivement deux procédés, le chinée et le battage. Ces procédés lui permettent d'exploiter l'un des principes élémentaires de la haute lisse soit l'entrecroisement et la superposition des fils de laine et de créer ainsi les modulations chromatiques qui caractérisent son oeuvre. C'est d'ailleurs par l'usage du chinée dans la composition de ses couleurs qu'elle se distingue de la tradition européenne. Ce procédé, qui consiste à mélanger le plus souvent deux fils de laine de valeurs opposées, est utilisé soit pour créer des effets de texture qui s'opposent à des aplats, soit pour effectuer des passages d'une couleur ou d'une valeur à une autre. Ce dernier aspect du procédé exploré systématiquement dans I'oeuvre de Luce Boutin, lui permet de tirer d'un matériau comme la laine ces effets opalescents et ces transparences qui séduisent tant dans ses images. Ces fines modulations chromatiques sont soutenues, depuis 1975, par l'intégration de fibres de mohair qui créent en surface un léger duvet qui atténue le contour des fils de laine ou des motifs pour donner à ses tapisseries l'aspect de vastes champs colorés.

Les images qu'elle tisse évoquent, à partir de motifs tels des particules en suspension, des climats, des atmosphères qui s'inspirent des phénomènes de la nature ou des lumières particulières aux paysages québécois. Ces grands champs colorés, comme elle se plaît elle-même à les nommer, conjuguent les forces opposées en des visions majestueuses. L'énoncé de quelques titres permettra ici d'esquisser l'univers poétique de l'artiste: Ionisation, Nuit de Midi, Moyen-Nord, Février, 14 h 42, Magma. Ainsi La Flambée (1982), oeuvre retenue pour représenter le Québec aux premiers Jeux de la Francophonie, conjugue les éléments opposés, le feu et l'eau, en un paysage féerique.

Serge Allaire
Historien de l'art
UQAM